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José Lazaro a été chargé d'enseignement à l'université de Reims de 1964 à 1974, puis maître de conférences associé de cette université pendant l'année universitaire 1974-1975. En octobre 1975, il a été recruté à l'université de Rouen comme maître de conférences ; il y est devenu professeur titulaire. Il était depuis octobre 1999 professeur émérite de notre université.

Probabiliste, spécialiste de théorie ergodique, il a dirigé plusieurs thèses dont celles de Cheng De LIN, Thierry de la RUE et El Houcein ELABDALAOUI.

Il a assumé de nombreuses responsabilités pour notre communauté mathématique (responsable du DEA, responsable du département de mathématiques, président de la commission de spécialistes 25-26).

José Lazaro est décédé le 22 avril 2006.

Le texte ci-dessous a été écrit par Claude Dellacherie et lu par Olivier Benois lors de la cérémonie d'adieu à José.

José, un condisciple, un collègue, mon ami

Quoique nous ne fussions pas de la même classe d'âge - José adorait les formes françaises un peu surannées - nous devînmes il y a plus de 30 ans, à Strasbourg, élèves du même maître, Paul-André Meyer. Ainsi je fus élève puis ami d'André alors que José en fut l'ami (et de toute sa famille) avant d'en être l'élève. Et je ne peux, justement aujourd'hui, faire sans évoquer un coup de téléphone matinal et brutal de José il y a trois ans - "Meyer est mort" - subitement. André devait introduire les journées mathématiques de Rouen en l'honneur de mes 60 ans, et c'est José qui prit la relève, avec une évocation émue de notre maître et ami, et présentation malicieuse du nouveau sexagénaire.

J'ai donc connu José à Strasbourg, mais nous ne sommes vraiment devenus amis que quand je vins, il y a presque trente ans, m'installer à Rouen où il était déjà depuis quelques années professeur (après avoir été longtemps maître de conférences associé à Reims, et un jour remercié pour laisser la place à un bon français). Nous eûmes vite un élève en commun, un Chinois de Shanghai, rescapé de la révolution culturelle et ayant droit à trois ans d'exil en France pour réapprendre des mathématiques. Notre Chinois se sentait perdu lors de notre première rencontre, et soudain José lui adressa quelques mots en dialecte de Shanghai et la glace fut rompue.

Je ne connais que des bribes de la jeunesse de José. Je crois savoir que son père, indien (et José est resté de nationalité indienne toute sa vie), avait été un certain temps marchand de pianos à Shanghai, et que lui-même fut élève du lycée français de Shanghai. Est-ce là qu'il apprit son bon français, qu'il possédait comme si c'était sa langue maternelle ? En tout cas un jour il m'apprit que sa langue maternelle était et restait l'anglais...

José, qui fut longtemps célibataire, passait régulièrement une bonne partie des vacances d'été en Inde. Et un jour, il y a une douzaine d'années je crois, il en est revenu marié... Que Geneviève sache que nous, ma femme et moi, avons aimé leur couple, et que sa dissolution nous laisse sans voix.

José fut un excellent enseignant, aimé de ses étudiants mais sans doute aussi craint car il pouvait avoir le jugement cinglant, ce qui ne l'empêchait pas d'être aussi affectueux et prêt à aider. Longtemps président de la commission de spécialistes il a participé de manière significative à la naissance et au développement de notre laboratoire, dont je fus longtemps directeur. Et il a eu le bonheur d'avoir d'excellents étudiants et élèves à Rouen, qui le pleurent aujourd'hui.

José avait une double vie mathématique, une à Paris et une à Rouen. Il connaissait beaucoup de monde, et avait toujours des informations ou tout bonnement de bonnes histoires à raconter. Il était vif, charmeur ; il avait un bon rire accompagné d'une gestuelle qui lui était propre, tandis qu'il émettait des jugements péremptoires (généralement justifiés même si je tentais de les tempérer) sur untel ou untel.

Enfin José était un passionné de football, au contraire de moi, mais aussi, ce qui me convenait mieux, de musique - c'était un excellent pianiste amateur et il a souvent joué avec entr'autres mon fils violoncelliste. Bloqué chez moi par un malencontreux accident, je l'accompagnerai de loin en écoutant des lieder de Schubert dont le "Totengräbers Heimweh" (La nostalgie du fossoyeur).

Adieu, José.